Science de la Puissance de Frappe II
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Du côté du muscle lui-même, trois contraintes façonnent toute la technique de frappe : il produit moins de force quand il se raccourcit vite, il met du temps à développer sa force maximale, et il se freine lui-même quand il est crispé. Une frappe efficace est une frappe qui contourne ces trois limites.
La première est le compromis entre force et vitesse, décrit depuis longtemps par le physiologiste Hill : plus un muscle se raccourcit vite, moins il peut exercer de force, et la puissance mécanique, produit de la force par la vitesse, est maximale pour une force et une vitesse intermédiaires, de l'ordre du tiers de leurs maxima respectifs. Pour un coup de poing, cela signifie que la charge déplacée au bout du bras est légère, donc dans un régime de vitesse, alors que le bas du corps pousse une masse bien plus grande, dans un régime de force. C'est un argument de plus en faveur de la chaîne : les gros muscles des jambes et du tronc apportent la force, les segments éloignés apportent la vitesse.
La deuxième contrainte est le temps de montée de la force. Un muscle met plusieurs centaines de millisecondes, de l'ordre de trois à quatre cents, à atteindre sa force maximale, alors que la phase propulsive d'un coup ne dure que quelques centaines de millisecondes au plus. On n'atteint donc jamais la force maximale de ses muscles pendant un coup : ce qui compte, c'est la vitesse à laquelle la force monte, et pas seulement son niveau maximal. C'est ce qui justifie un entraînement orienté vers la rapidité et les mouvements balistiques.
La troisième tient au cycle étirement-raccourcissement dont j'ai parlé : un muscle étiré juste avant de se contracter produit davantage de force, parce que l'énergie élastique stockée dans les tendons et le réflexe d'étirement s'ajoutent à la contraction volontaire. Pour que ce bénéfice existe, la transition entre l'étirement et le raccourcissement doit être très brève. Dans un coup de poing, cet étirement vient de la séparation entre bassin et épaules, de la légère flexion préalable de la jambe d'appui et du retrait du bras opposé. Une pause visible avant le départ supprime le bénéfice, et c'est aussi ce qui télégraphie le coup. Des travaux rapportent d'ailleurs que lorsque le tronc et le bas du corps sont fatigués, la force de frappe diminue pour tous les coups.
Vient ensuite la question du relâchement. Quand un muscle moteur se contracte, son antagoniste se contracte en partie lui aussi : c'est la co-contraction, qui stabilise l'articulation mais freine le mouvement. La règle est donc de n'utiliser pas plus de tension musculaire que n'en exige la technique, car des muscles tendus ne bougent pas vite, et de ne pas serrer le poing avant l'impact. Les coups à forte énergie sont lâches et rapides, et le claquement du bras, ce que l'on appelle le snap, aide à garder les muscles relâchés. De là vient une consigne classique : frapper à travers la cible. Quand on vise la surface, on anticipe la résistance et on crispe les muscles juste avant l'impact, ce qui freine le poing. Quand l'attention se porte sur un point situé au-delà, les muscles restent relâchés et le poing arrive à sa vitesse maximale. L'argument est plausible et rejoint ce que la recherche en apprentissage moteur dit des effets d'une attention tournée vers l'extérieur du corps, mais il n'est pas établi par des mesures dans ce contexte précis. C'est une consigne mentale utile pour supprimer le freinage anticipé, pas une loi physique.
La respiration achève ce tableau. Deux faits sont solides. D'abord, une expiration brève et vive contre une cage thoracique fixe crée une pression dans l'abdomen qui rigidifie le tronc au moment du contact, ce chemin rigide continu entre le poing et le centre de masse dont je parlais, et c'est la fonction du souffle sonore dans les sports de combat. Ensuite, la respiration influence la vitesse du geste : on ne peut pas aller plus vite que son expiration, et l'inspiration est un moment de vulnérabilité, avec un temps de réaction plus long et une moindre résistance au choc. Les arts internes chinois proposent une respiration inversée, dans laquelle on inspire par le nez en rentrant légèrement l'abdomen sans gonfler la poitrine, puis on expire vivement par la bouche en gonflant le bas-ventre, les flancs et le bas du dos, environ les deux tiers du souffle étant expulsés à l'instant du coup. On conseille aussi de lancer une combinaison entière sur une seule expiration, parce que chaque inspiration entre les coups crée un temps de faiblesse. Les affirmations plus lointaines, comme celle d'une force doublée, d'une chemise de fer ou d'une circulation d'énergie, ne reposent sur aucune démonstration. Concrètement, il suffit d'inspirer avant le départ en restant détendu, de démarrer l'expiration au moment où la jambe arrière pousse et où le bassin tourne, de la garder audible et la glotte ouverte plutôt que de retenir son souffle, car l'apnée à pleine contraction fait monter la tension artérielle et fatigue vite, et de garder environ un tiers de l'air en réserve pour rester stable après l'impact.
Arrivons à l'impact lui-même, car au moment du contact ce n'est plus la vitesse du poing seule qui compte mais la façon dont la masse, la durée et la surface de contact se combinent. Les mesures sur des boxeurs olympiques de plusieurs catégories de poids, frappant un mannequin instrumenté au niveau de la mâchoire avec un direct arrière, ont donné sur dix-huit coups une force moyenne d'environ trois mille quatre cents newtons, une vitesse de la main de neuf mètres par seconde et une masse effective de coup de moins de trois kilos. L'accélération de la tête du mannequin atteignait en moyenne cinquante-huit fois la pesanteur. Le résultat le plus instructif est que la force était plus élevée dans les catégories lourdes, principalement à cause d'une masse effective plus grande et non d'une vitesse plus grande : le boxeur de la catégorie moyenne, le plus rapide de la série avec près de douze mètres par seconde, avait en réalité la force la plus faible, alors que les super-lourds dépassaient quatre mille trois cents newtons. Ces données portent sur de petits échantillons, avec des gants et sur un mannequin, et elles ne valent que comme ordres de grandeur et comme tendance. D'autres études sont dans la même gamme : chez des boxeurs d'élite, environ trois mille cent cinquante newtons pour le direct arrière, trois mille pour le crochet et trois mille deux cents pour l'uppercut, soit environ le triple de ce que mesurent les juniors, un écart qui persiste même quand on rapporte la force à la masse corporelle et qui renvoie donc à la qualité technique. Une étude plus récente sur des boxeurs amateurs entraînés, avec capteurs portés, a mesuré un pic de plus de trois mille newtons et près de dix mètres par seconde sur le direct arrière après un protocole de conditionnement par lancer d'haltère.
Comme les méthodes diffèrent, on ne peut pas comparer ces valeurs au newton près.
La masse effective est celle qui, lancée à la vitesse mesurée de la main, aurait la quantité de mouvement effectivement transmise pendant le contact. Avec moins de trois kilos en moyenne, elle représente quelques pour cent seulement de la masse d'un boxeur, très loin du chiffre de moitié que l'on entend dans certaines salles. Les deux nombres ne se contredisent pas, mais plus le corps est rigide, ancré et aligné au moment du contact, plus la masse effective se rapproche de la masse mise en mouvement, et c'est exactement l'enjeu de la structure dont j'ai parlé plus haut.
La durée du contact mérite un dernier mot. La courbe de force d'un coup comporte un pic initial bref puis une queue plus faible tant que le frappeur continue de pousser. On peut formuler un principe : la puissance sèche d'un coup est d'autant plus grande que le poing reste peu de temps au contact. Un coup qui touche trop tôt, avec le coude encore très fléchi, se transforme en poussée. Les deux composantes ont leur usage, car le pic énergétique produit les lésions locales et la queue de poussée ajoute de la quantité de mouvement. Un suivi, c'est-à-dire un prolongement de la force après l'impact par l'extension des membres et la poussée du pied arrière, génère ainsi de la quantité de mouvement supplémentaire. Un test pratique en découle : si un sac lourd part loin sous votre coup, c'est que vous avez poussé, alors qu'un coup bien focalisé le fait peu osciller et le secoue plutôt sur place. C'est un critère empirique et non chiffré, mais cohérent avec la distinction entre énergie et quantité de mouvement.
Les traditions distinguent quatre grands types d'impact. L'impact focalisé correspond à la plupart des coups de poing : le poing s'arrête net au contact et la force est transmise à travers la cible. L'impact perçant concentre le choc sur une pointe fine, comme un coup de doigts ou de seconde jointure sur une surface molle, et la petite surface y donne une pression élevée. L'impact snap-back, typique du coup du dos du poing sur une surface dure ou osseuse, offre une forte impulsion pour un contact très court suivi d'un retour rapide. L'impact écrasant, enfin, caractérise le poing large de boxeur, le coup d'avant-bras ou les coups de pied circulaires, avec beaucoup de quantité de mouvement et peu de focalisation. On distingue aussi trois types de surface cible selon l'anatomie : molle comme l'abdomen, dure comme la tête, les poignets ou les doigts, et dure-molle comme les cuisses ou les avant-bras, un même coup n'ayant pas le même effet sur chacune. L'expression de choc hydrostatique est parfois employée pour décrire l'effet d'un impact focalisé sur un corps composé d'environ soixante pour cent d'eau. L'analogie est qualitative et empruntée à la balistique, et en biomécanique de la tête, ce sont plutôt les accélérations linéaire et surtout angulaire qui prédisent les lésions.
La surface de contact joue sur la pression, qui est la force divisée par l'aire. Des mesures par transfert de peinture des empreintes de poings donnent environ onze centimètres carrés pour les deux premières jointures sur une surface dure, cinquante-sept pour le poing entier sur une cible molle, soixante-six pour un gant de combat libre et cent cinquante-deux pour un gant de boxe. En supposant une force de trois mille newtons uniformément répartie, ce qui est une hypothèse simplificatrice, cela donne une pression moyenne d'environ deux mégapascals et demi pour les deux jointures, contre cinq dixièmes pour le poing entier, quatre dixièmes pour le gant de combat libre et deux dixièmes pour le gant de boxe. L'aire n'a aucun effet sur la quantité de mouvement, mais elle détermine la concentration de l'énergie : un gant réduit les coupures et les contusions sans réduire le transfert de quantité de mouvement vers la tête, ce qui veut dire qu'il ne protège pas du traumatisme crânien diffus. Le poing nu, lui, concentre davantage la pression sur la cible et sur la main, d'où un effet de comportement : des mains protégées deviennent invulnérables et permettent de frapper bien plus fort sur des cibles dures comme le front, alors qu'à mains nues la fragilité de la main limite naturellement l'engagement. Quant à la masse ajoutée par un gant, elle n'a d'effet notable que sur les coups où l'essentiel du mouvement vient du bras : sur des enchaînements de coups rapides de style wing chun, on a mesuré une chute de sept coups par seconde à cinq environ avec des gants de boxe, alors que le rythme des coups portés par la rotation du tronc ou du corps entier ne change pas. Un poids de quelques centaines de grammes ralentit un bras isolé, pas un corps entier.
Passons à la technique proprement dite, car tous les coups de poing partagent la même logique d'appui, de rotation, d'extension et de structure à l'impact, et ne diffèrent que par leur trajectoire et par le segment qui domine. Quelques principes communs d'abord. Il ne faut aucune préparation visible : armer le coup, lever le coude ou serrer le poing avant l'attaque annonce l'intention, et un bon exercice consiste à supprimer devant un miroir tout signe avant-coureur, un pied qui bouge, une épaule qui plonge, une mâchoire qui se serre. Le poing se visse d'un quart ou d'un demi-tour juste avant l'impact, ce qui fait spiraler la force et produit une dernière accélération, alors que tourner trop tôt freine le poing avant le contact. On frappe avec les deux premières jointures, le poignet droit, et le coude reste légèrement fléchi à l'impact avec environ cinq centimètres d'extension encore disponibles, car trop près, le coup devient une poussée. Le poing revient ensuite sur la même trajectoire, sans laisser tomber la main, et l'on donne une seule expiration par coup ou par combinaison courte.
Le direct du bras arrière, le cross, est le coup le plus puissant de la position de boxe parce qu'il engage la plus longue chaîne, du pied arrière à l'épaule en passant par la jambe, le bassin et le tronc. Il part d'une garde fermée, le poids légèrement vers l'avant, sans recul du bras ni de l'épaule. Le pied arrière pousse contre le sol, la jambe arrière s'étend, la hanche arrière part vers l'avant, le genou arrière accompagnant la direction de la frappe sans trop se visser vers l'intérieur. Le bassin tourne le premier, le tronc suit avec un léger retard, la jambe avant se pose ferme et sert de pivot, et la tête se déplace un peu vers l'avant et du côté opposé pour mettre le poids derrière le coup. L'épaule avance alors, le coude reste dans la ligne de l'épaule sans s'ouvrir, le bras se déplie, et le poing se visse au dernier moment. À l'impact, une ligne continue relie le poing au pied arrière : poing, poignet, coude, épaule, tronc, jambe, le poignet droit, le coude légèrement fléchi, l'abdomen ferme. Le poing revient ensuite par le même chemin et la garde se referme. Les erreurs qui ruinent ce coup sont toujours les mêmes : un coude levé ou ouvert par lequel la force fuit, un poignet plié, une épaule levée, un tronc qui se penche en avant, un talon arrière décollé sans rotation du bassin, ou un coup donné avec le bras seul.
Le direct du bras avant, le jab, est moins puissant pour la même raison que le coup de pied avant : moins de distance d'accélération et moins de masse engagée. Il sert surtout à désorienter et à mesurer la distance, mais mal exécuté, avec le bras seul, il n'a aucune puissance. Il part de la main arrière près de la mâchoire, de la main avant près de la ligne centrale et du coude rentré, avec une poussée de la jambe arrière qui fait claquer légèrement la hanche avant, la main partant avant ou en même temps que le pied. Le poing tourne pendant le trajet et touche avec les deux premières jointures, le corps formant à l'impact une ligne droite entre le poing, le dos et le pied arrière. Certains enseignants proposent un direct raide, avec le bras verrouillé une fraction de seconde pour sentir le choc descendre vers le pied arrière, mais il faut le manier avec prudence à mains nues puisqu'un coude verrouillé expose à l'hyperextension.
Le crochet est un coup de rotation du tronc et non du bras. Le tronc tourne d'abord par un roulé d'épaule, le pied avant pivote, les hanches tournent, et le bras suit. Le coude se place dans l'axe derrière la main, à la hauteur du poing au moment du contact, car un coude levé trop tôt annonce le coup. Le poing est de préférence vertical, paume vers soi, pour frapper avec les deux premières jointures, en sachant que poing horizontal la main risque de se briser si elle n'est pas bandée, l'orientation optimale faisant encore débat : il vaut mieux essayer les deux sous supervision. Le poids accompagne la rotation, vers l'arrière quand on recule, vers l'avant quand on avance. Un exercice efficace consiste à alterner un direct arrière profond et un crochet, des centaines de fois, en cherchant à maximiser la différence entre les deux positions finales : le direct arrière charge en effet la torsion du corps qui alimente le crochet.
L'uppercut est un coup de courte distance qui se joue dans l'empilement des segments, pied, genou, hanche, coude, poing, sur une ligne aussi droite que possible vers le haut. Dans la logique de la montée, les hanches sont un peu plus basses au départ puis montent droit en même temps que le coup, sans redresser les jambes ni lever le menton. Une variante vers le corps, le crochet en pelle, part du centre du corps avec une montée vers l'intérieur d'environ trente degrés et peu de travail du bras. Quant au coup en fente, il est jugé le plus puissant parce qu'il déplace le plus de masse : un pincement des adducteurs ramène vivement la jambe arrière vers l'avant, puis le pied arrière pousse et le coup part, la hanche frappeuse tournant d'environ quarante-cinq degrés. Le risque est la perte d'équilibre, et donc, comme on l'a vu, la production de quantité de mouvement sans appui. Pencher le buste, lever le talon arrière et regarder vers le bas sont les trois erreurs à éviter.
La main nue offre aussi d'autres surfaces que le poing fermé, qui est une surface dure et petite, donc énergique pour la cible mais exigeante pour la main. La paume, avec une empreinte d'environ soixante-cinq centimètres carrés, nettement plus grande que celle des jointures, réduit la pression sur la main pour une même force. Le marteau et le dos du poing sont des coups à trajectoire courbe ou fouettée, le dos du poing correspondant à l'impact snap-back, avec un contact très bref et une forte impulsion sur les surfaces osseuses, grâce au fouet du coude et à un retour rapide de la hanche. La tranche de la main et la main en lance visent des surfaces fines sur la gorge ou les zones peu protégées, la pénétration littérale d'un doigt dans la chair étant quasi impossible, de sorte que l'effet recherché est la pression localisée.
Il reste à parler de l'entraînement. La puissance d'un coup se développe en travaillant quatre qualités, dans cet ordre de priorité : la technique et la séquence, la force et la puissance du bas du corps, la puissance de rotation du tronc, et enfin la résistance des mains et des poignets. Les études convergent sur ce point : on recommande de développer la puissance des jambes pour faciliter le séquençage depuis le sol jusqu'au poing, et la vitesse du développé couché à quatre-vingts pour cent du maximum se révèle corrélée à la vitesse du poing, ce qui suggère un transfert de la musculation vers la frappe, même s'il s'agit d'une corrélation et pas d'une preuve de causalité. On peut en outre avoir de la force sans savoir l'utiliser, c'est pourquoi les exercices doivent être choisis pour leur lien avec le geste. Tout ce qui suit constitue des repères généraux de préparation physique, à adapter avec un entraîneur, et ne remplace pas l'avis d'un médecin du sport.
Quelques principes dominent. Pour la puissance, on travaille court, rapide et frais : peu de répétitions par série, une intention de vitesse maximale et un repos complet entre les séries, d'autant que la fatigue du tronc et des jambes réduit la force de tous les coups. Une base de force maximale, obtenue avec des charges lourdes, alimente la puissance obtenue avec des charges légères et de la vitesse, selon la relation entre force et vitesse. La puissance monte du sol par le tronc, donc il faut une rotation puissante et un tronc capable de rester rigide au contact. Mains et poignets s'adaptent plus lentement que les muscles, de sorte qu'on augmente le nombre et la dureté des frappes par paliers. Et l'on ne frappe jamais un objet rigide et immobile, car un mur, un arbre ou un poteau renvoie toute la force dans l'articulation.
Pour le bas du corps, les squats et soulevés de terre, par séries de trois à six répétitions à soixante-quinze à quatre-vingt-dix pour cent du maximum, construisent la force qui alimente le transfert sol-bassin, et les squats sautés ou sauts avec contre-mouvement, par séries de trois à cinq sauts avec une charge nulle ou légère et une intention explosive, développent la puissance. Les fentes bulgares et montées de banc, qui travaillent chaque jambe séparément, sont utiles puisque la jambe avant et la jambe arrière ont des rôles différents. Pour la rotation, les lancers de medecine-ball contre un mur, avec une balle de deux à quatre kilos et quatre à six lancers par côté, reproduisent la séquence jambes, bassin, tronc. Pour le haut du corps, les lancers de balle ou d'haltère léger, les développés couchés rapides où la barre est propulsée vite, et les pompes explosives ou sur les poings, qui sollicitent aussi les poignets, développent la puissance de poussée. Dans l'étude récente que j'ai mentionnée, un lancer d'haltère effectué avant le direct arrière a amélioré la vitesse du poing de plus d'un mètre par seconde après huit à douze minutes de repos. Les tractions et le rowing équilibrent les poussées et protègent l'épaule, la planche et les exercices anti-rotation comme le Pallof press préparent un tronc rigide au contact, et le portage de charges, le rouleau à poignets ou le bâton lesté traditionnel renforcent les avant-bras, les poignets et la préhension.
Pour la frappe elle-même, le sac lourd doit se travailler en choc et non en poussée, puisque s'il part loin c'est que vous poussez, et un critère auditif aide : tous les coups de puissance doivent produire le même son, et les premiers coups sonner comme les suivants. Aux pattes d'ours, le porteur tient les pattes en V pour la plupart des coups alternés, en L pour le direct, car un angle trop aigu blesse le poignet du frappeur, et il pousse légèrement la patte vers le frappeur à l'impact pour protéger ses propres épaules et coudes. Un programme type en rounds de trois minutes commence par le direct, le double direct, le direct suivi du cross, le direct-cross-crochet, une vingtaine de répétitions de chaque ou jusqu'à obtenir un son constant, puis passe à des séries de trois coups, à des esquives, balancements et glissements, à une esquive suivie d'un uppercut-crochet, chaque round se terminant par trente secondes de frappes droites en rafale. Le poteau de frappe traditionnel, ou makiwara, se fabrique avec un bois effilé de dix centimètres de section, son sommet au niveau du plexus, recouvert d'environ cinq centimètres de caoutchouc ferme, et il doit fléchir d'une quinzaine de centimètres quand on pousse fermement ; on y frappe vingt à vingt-cinq coups par arme au départ, sans commencer par son meilleur coup, et on soigne toute plaie avant de reprendre. Les affirmations selon lesquelles il augmenterait la densité osseuse ne reposent pas sur des données solides, et la prévention des fractures passe plutôt par des bandages et une bonne technique. On peut enfin tester la vitesse et la propreté de sa trajectoire en frappant le plus vite possible en arrêtant le poing à environ cinq centimètres d'une flamme pour l'éteindre par le seul déplacement d'air, avec prudence sur le choix du lieu et des vêtements, ou en éclatant d'un coup un ballon lancé en l'air. Ces deux tests mesurent la vitesse, pas la puissance d'impact.
Sur douze semaines, à raison de trois ou quatre séances par semaine, on peut organiser le travail en trois phases. Les quatre premières semaines sont consacrées à la technique et à la force, avec des coups lents et alignés, du travail dans le vide, des squats et soulevés de terre à charge modérée, du gainage et de premiers coups sur un sac souple. Les semaines cinq à huit font passer de la force à la puissance, avec des charges plus lourdes, des sauts, des lancers rotatifs et du travail aux pattes avec une intention de choc. Les quatre dernières semaines visent la vitesse et les enchaînements, avec des charges légères et rapides, des combinaisons courtes sur une seule expiration, et des tests au sac et à la bougie. Une semaine type de la deuxième phase pourrait comprendre une séance de force du bas du corps suivie d'un travail technique léger, une séance de puissance avec des sauts et des lancers rotatifs suivie de frappes sur sac lourd quand on est frais, une séance de force du haut du corps et de gainage, et si possible une séance de technique légère et de mobilité pour récupérer. Les exercices de puissance se placent toujours au début de la séance, avant la fatigue.
Certaines erreurs reviennent sans cesse et font perdre de la puissance. Frapper avec le bras seul raccourcit la distance d'accélération et réduit la masse effective, alors qu'il faut partir du pied, du bassin et du tronc. Se pencher en avant ou en arrière fait perdre l'équilibre et renvoie la force vers soi. Lever le talon arrière sans rotation, ou verrouiller la jambe arrière, laisse la cheville ou le genou absorber la réaction. Ouvrir ou abaisser le coude, lever l'épaule, plier le poignet, serrer le poing trop tôt, verrouiller le coude à l'impact ou tourner trop loin des hanches font fuir la force, créent des moments de flexion dangereux ou transforment un choc en poussée. Armer visiblement son coup l'annonce, retenir son souffle ou inspirer au mauvais moment affaiblit le tronc, et s'appuyer sur un seul meilleur coup rend prévisible.
Une partie de ce que l'on entend sur la frappe ne résiste pas à l'examen, et c'est le moment de faire le tri, car l'univers ne tient aucun compte du grade ni de l'autorité de celui qui parle. L'idée qu'une valeur de pic résume la force d'un coup est trompeuse, puisque la force est une courbe et que l'énergie et la quantité de mouvement transmises en disent bien plus. L'affirmation qu'on met cinquante à soixante pour cent de sa masse dans un coup est imprécise : la masse effective mesurée est de l'ordre de trois kilos. En revanche, le fait que la puissance vienne surtout des jambes et du tronc est confirmé par les analyses de force et de cinétique. Le rôle du bras opposé est plausible, expliqué par la contre-rotation du tronc plutôt que par un transfert de force. Croire que les gants réduisent le risque de lésion cérébrale est faux ou douteux, puisqu'ils réduisent les lésions locales mais pas le transfert de quantité de mouvement vers la tête. Quant aux explications par le dantien et le qi, elles ne sont pas démontrées et relèvent de la pseudo-science au sens strict, même si la zone située sous le nombril correspond bien au centre de masse du corps, ce qui donne un sens physique à la consigne. Les récits de coups qui traversent le corps et laissent des traces de main noires sont anecdotiques, l'idée que frapper un poteau augmente la densité osseuse et donc la force n'est pas démontrée même si le principe du remodelage osseux est plausible, celle que la respiration inversée double la force n'est pas chiffrée même si l'effet de rigidification du tronc est réel, et le célèbre coup à un pouce, présenté comme capable de produire un choc de plusieurs milliers de newtons, relève plus vraisemblablement de la poussée.
Reste la protection de la main et du poignet, qui est la contrainte propre à la frappe à mains nues. La blessure classique est la fracture du col du quatrième ou du cinquième métacarpien, près de la jointure. On parle de moins en moins de fracture du boxeur et de plus en plus de fracture du bagarreur, parce que les professionnels, bandés et gantés, la subissent rarement. Une main comprimée et stable avant l'impact subit moins de lésions locales, d'où l'intérêt des bandages et de la technique. À mains nues, le front et les os durs sont les cibles les plus dangereuses pour les jointures, car l'énergie s'y concentre sur une petite surface : mieux vaut employer la paume ou une surface plus large contre les cibles osseuses, et réserver les jointures aux cibles plus molles ou à un poing parfaitement aligné. Une coupure aux jointures causée par une dent est une plaie à haut risque d'infection, qui doit être vue rapidement par un médecin. La progression doit être graduelle, sans frappes pleines sur surface dure dès le premier jour, et on s'arrête dès qu'une douleur articulaire apparaît. Pour la tête, puisque ni les gants ni les casques ne réduisent le transfert de quantité de mouvement, ils ne protègent pas du traumatisme crânien diffus, et la meilleure prévention reste de limiter les coups pleins répétés à la tête. Enfin, sur le plan juridique, la légitime défense est licite alors que se battre ne l'est pas, avec des règles qui varient selon les pays : ce texte traite de physique et de technique, pas de droit.
Un coup de poing puissant est un transfert séquencé d'énergie et de quantité de mouvement, qui part d'un appui stable, traverse une structure alignée et devient rigide au contact, avec le maximum de masse effective et la plus courte durée de contact possible.
Aucune de ces notions n'est secrète : elles se vérifient en laboratoire comme dans les tests simples décrits plus haut. Si l'on devait retenir l'essentiel, on dirait qu'il faut frapper avec le corps et non avec le bras, puisque les trois quarts de la force viennent des jambes et du tronc, partir du sol par une poussée franche du pied moteur sans verrouiller le genou, utiliser la jambe avant comme pivot qui freine le bassin et transmet la rotation au tronc, faire tourner le bassin avant les épaules pour tirer parti de l'étirement des muscles, aligner le poing, le poignet, le coude et l'épaule en gardant le coude légèrement fléchi, rester souple pendant l'accélération puis rigide au contact en fermant le poing au dernier moment et en expirant vivement, viser la vitesse puisque doubler la vitesse multiplie l'énergie par quatre, raccourcir le contact sauf quand on veut déplacer l'adversaire, ne jamais annoncer le coup, choisir sa surface de frappe et sa cible, entraîner la qualité avant la quantité et vérifier soi-même chaque principe au sac, aux pattes, sur le carton ou avec un partenaire.
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